À l’occasion de son exposition « Les Grands Âges » au Musée de l’Homme à Paris, le journaliste, animateur radio et télé et photographe Nikos Aliagas livre un plaidoyer vibrant pour la dignité de nos aînés.
Loin du jeunisme imposé par les réseaux sociaux, celui dont l’exposition « L’Esprit grec » se tient par ailleurs au Château de Waroux à Ans jusqu’au 4 octobre nous invite à changer de regard sur le temps qui passe, entre transmission intergénérationnelle et acceptation de soi.
C’est un regard qui ne détourne pas les yeux. À travers l’objectif de son appareil, Nikos Aliagas traque depuis longtemps ce que le temps révèle sur les visages. Pour son exposition parisienne, il a choisi de mettre en lumière la beauté brute de la vieillesse, là où la société préfère souvent l’effacer ou la tenir à distance. « Les rides ne sont pas des défauts à corriger, mais le témoignage d’une existence », nous confie-t-il. « Chaque sillon raconte une joie, une épreuve ou une fidélité. Photographier un aîné, c’est lui délivrer une forme de ‘certificat de présence existentielle’, une façon de dire ‘je te reconnais et je te remercie’. »
Résister au culte de la perfection numérique
Dans une époque saturée de filtres numériques et de retouches permanentes, Nikos Aliagas a préféré le noir et blanc et le portrait brut. Un acte de résistance assumé : « Nous rêvons de vivre plus longtemps, mais nous refusons de nous voir vieillir. À force de vouloir corriger les signes de l’âge, on risque d’effacer les traces mêmes de son existence. »
Il est vrai que la jeunesse est quasiment devenue une injonction, une performance de productivité et de désirabilité constante. À 57 ans, Nikos Aliagas refuse ce jeu de dupes : « Je ne veux pas être le même homme qu’à 25 ans. Je préfère tirer les enseignements du chemin parcouru et faire avec ce que j’ai, plutôt que de vivre dans la frustration de ce que je n’ai plus. »
Les rides ne sont pas des défauts à corriger, mais le témoignage d’une existence.
Le dialogue, clé de la transmission
Celui que les jeunes talents de la Star Academy appellent parfois affectueusement « tonton » croit fermement que la transmission ne peut fonctionner que dans un double sens. « Si les jeunes apportent leur énergie et leurs interrogations, les anciens offrent l’expérience et la nuance. Le lien organique est le seul remède aux ‘couloirs parallèles’ créés par la technologie. »
« Demander simplement à un ancien ‘c’était comment avant ?’, ce n’est pas être vieux jeu. C’est reconnaître une humanité commune, donner un signe de reconnaissance qui brise l’invisibilité », poursuit-il. À ses yeux, « l’être humain reste le même, peu importe l’époque et ses épreuves. En écoutant le récit de ceux qui nous ont précédés, nous apprenons à anticiper notre propre finitude avec plus de sérénité. »

Rester vivant plutôt que rester jeune
Pour Nikos Aliagas, le véritable moteur de vie à l’approche de la soixantaine n’est pas la quête de la jeunesse éternelle, mais celle de la liberté existentielle. « On réalise la valeur de ce qui est encore là. C’est une forme de seuil de lucidité. À cet âge, le temps n’est plus une abstraction, mais une urgence à saisir l’instant présent, à savourer les silences et l’intensité des rencontres. »
Aux seniors qui se sentent parfois dévalorisés ou inutiles, il propose un « processus de remémoration » plutôt que de simple commémoration. « Raconter sa vie, avec ses erreurs et ses réussites, c’est aider les plus jeunes à comprendre que le chemin qu’ils foulent aujourd’hui a déjà été tracé par d’autres. » Citant l’exemple de cette dame de 90 ans privée de la vue, mais que la musique de Bach continuait d’élever chaque jour, il se dit convaincu que « la vraie question n’est pas de savoir comment rester jeune, mais comment rester vivant à chaque âge. »
En fin de compte, l’invitation de Nikos Aliagas est à la fois simple et emplie de sagesse : « Il ne faut pas avoir peur du temps, car l’affaire est déjà pliée à l’échelle de l’univers. Ne reste alors que l’essentiel : la gratitude d’être là, ici et maintenant. »