Couturier de renom, chef cuisinier, maître d’hôte, ensemblier et figure incontournable du paysage audiovisuel belge, Gerald Watelet est un esthète aux multiples facettes. Pour notre dossier Golden Years, il revient sur une carrière menée au flair et à l’envie, avec une philosophie de l’existence où l’élégance du geste rejoint la générosité du cœur. Rencontre avec un homme qui préfère mordre dans le présent plutôt que de craindre l’avenir.

Gerald Watelet
DÉCORATEUR ET ANIMATEUR TÉLÉVISION © PHOTO : ANTOINE MÉLIS
Une trajectoire guidée par l’intuition
Si Gerald Watelet devait résumer son moteur de vie, un seul mot s’imposerait : l’envie. Ce passionné de l’art de vivre a passé son existence à sublimer le quotidien. « J’ai fait des métiers de l’ordinaire : manger, servir, s’habiller, décorer. Mon but a toujours été de rendre cet ordinaire un peu plus extraordinaire », confie-t-il avec ce sourire de jeune premier qui le caractérise.
De ses débuts à l’école hôtelière provinciale de Namur jusqu’aux plateaux de « C’est du Belge », son parcours est une succession de défis relevés avec une audace presque insolente. À 21 ans, il devient le plus jeune maître d’hôtel de Belgique au Carlton. À 26 ans, il ouvre sa propre maison de couture et devient, à ce jour encore, le seul Belge à avoir intégré la prestigieuse Fédération de la Haute Couture française en tant que membre officiel. Il aura habillé jusqu’à la famille royale belge. « Aujourd’hui, si j’ai tourné sans regret la page de la mode, je m’épanouis pleinement dans la décoration d’intérieur et la télévision », nous confie-t-il.

© PHOTOS : ANTOINE MÉLIS

Le culte du travail bien fait et de l’audace
Pour ce jeune sexagénaire, le succès n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une discipline de fer héritée de ses années en salle. « À l’époque, c’était très académique. On ne plaisantait pas avec le service. Cette exigence m’a appris l’humilité », se souvient-il. C’est cette même rigueur qu’il applique aujourd’hui dans ses projets de décoration, comme pour les institutions bruxelloises Le Corbier ou Le Barbizon dont il signe l’identité visuelle.
Loin d’être une contrainte, cette précision est pour lui une forme de respect envers la tradition et le savoir-faire. Il prône une éthique du travail où la passion doit rester le guide suprême, tout en restant ancré dans le moment présent. Pour lui, la chance est une alliée qu’il faut savoir provoquer : « Elle passe parfois déguisée, il faut oser l’attraper au vol. »
Si Gerald Watelet perçoit parfois une certaine prudence des jeunes face aux incertitudes de l’époque, c’est avant tout pour les encourager à s’en libérer. « S’ils ont des rêves, des folies, des passions, qu’ils les réalisent ! », lance-t-il avec enthousiasme. Tout en se nourrissant de l’énergie des jeunes entrepreneurs qu’il côtoie régulièrement, il invite les nouvelles générations à ne pas se laisser paralyser par les doutes ambiants et à embrasser la vie avec plus de légèreté. Sa recette ? Le « Carpe Diem ». Il déplore que l’on oublie parfois de vivre à force de vouloir tout prévoir. « On travaille, on épargne, mais il faut d’abord savourer l’instant. »
Aujourd’hui, si j’ai tourné sans regret la page de la mode, je m’épanouis pleinement dans la décoration d’intérieur et la télévision.
La règle des « 4 R » et le rêve d’un retour aux sources
À l’aube de nouveaux projets, Gerald Watelet s’appuie sur une règle de conduite personnelle qu’il appelle la règle des « 4 R » : « Pas de Regret, pas de Remord, pas de Rancune, pas de Revanche. » Cette hygiène mentale lui permet d’avancer sans amertume, même après avoir traversé les bas inhérents à toute vie d’entrepreneur.
Et l’avenir ? Il le rêve paisible, dans un retour aux sources qui bouclerait la boucle de ses passions. Son projet ultime serait d’ouvrir un petit hôtel de six chambres à la campagne, entouré d’un potager, d’un verger et d’un poulailler. Un lieu où il pourrait décorer, cuisiner, fleurir et recevoir ses hôtes comme des amis. « Ce serait réunir tout ce que j’aime : l’accueil, le beau et le bon », conclut-il. Le leitmotiv de l’humilité ne l’a jamais quitté. Sans doute la meilleure manière, encore et toujours, de transformer chaque journée en une année dorée.