Visage bien connu du petit écran, Adrien Devyver s’est fait remarquer par son ton direct, son énergie et son engagement dans des émissions mêlant information, société et santé.
Diagnostiqué TDAH à l’âge adulte, il a choisi de rendre ce trouble visible en en parlant publiquement, notamment à travers un livre, un one-manshow et son engagement associatif. Aujourd’hui, il œuvre activement à la sensibilisation du grand public à une meilleure compréhension du TDAH.
Pour commencer, quelle est votre définition personnelle du TDAH ?
Le TDAH est une dérégulation de certains systèmes de neurotransmetteurs dans le cerveau. Dit comme ça, c’est un peu technique, mais concrètement, cela signifie que je réagis rarement de manière appropriée aux stimuli extérieurs. Face à une situation d’urgence, de concentration, de réflexion ou de vie en groupe, mon cerveau ne m’envoie pas les bonnes informations, ou en tout cas pas de manière « normée ». Je vais parler plus fort, plus vite, réagir de façon très directe, parfois excessive. Et dans les situations qui demandent du calme et de la sérénité, mon cerveau ne fonctionne pas comme celui des autres.
Mon message, c’est que le TDAH peut devenir une force à condition de l’avoir apprivoisé. Sinon, il est extrêmement handicapant.
Comment parvenez-vous à gérer cela au quotidien ?
Heureusement, j’ai trouvé des outils, sinon je ne serais clairement pas là où j’en suis aujourd’hui. La première chose a été d’identifier mon TDAH. C’est un trouble très individualisé : il ne se manifeste pas de la même façon chez tout le monde. La deuxième étape a été d’en parler. D’être très clair avec les gens autour de moi, tant dans ma vie privée que professionnelle. J’explique ce dans quoi je suis efficace et ce dans quoi je ne le suis pas du tout. Parfois, cela implique des adaptations. Parfois aussi, cela signifie reconnaître qu’on ne peut pas travailler ensemble ou entretenir certaines relations sans que cela génère trop de conflits.
Vous parlez aussi beaucoup d’anticipation…
C’est essentiel. Quand je sais qu’une journée ou une période va être compliquée, j’anticipe en renforçant mes activités physiques. Le sport me permet de libérer l’excès d’influx nerveux et musculaire, mais aussi de stimuler la dopamine, dont la régulation est problématique chez les personnes TDAH. Par exemple, si je sais que la fin de journée avec mes enfants – devoirs, organisation, fatigue – va être intense, je vais faire une grosse séance de sport avant. Cela me permet d’être totalement focus ensuite.
Le sport semble être central dans votre équilibre…
Pour moi, c’est une thérapie à part entière, car je ne suis pas médicamenté. Mais pas n’importe quel sport : il faut que j’aille puiser dans mes réserves, que je me mette un peu dans le rouge. À côté de ça, je pratique la méditation de pleine conscience et la cohérence cardiaque : cinq minutes le matin pour « allumer » le cerveau, cinq minutes le soir pour l’éteindre. J’ai aussi trouvé beaucoup de bénéfices dans la réflexologie plantaire. Et depuis quelques mois, je travaille également avec un médecin en hypnose thérapeutique, notamment pour les angoisses, très présentes chez moi.
C’est un trouble très individualisé : il ne se manifeste pas de la même façon chez tout le monde.
Vous avez aussi fait du TDAH un combat public : livre, one-manshow, engagement associatif…
En tant que personnalité publique, je trouvais important de faire un travail de sensibilisation. On dit souvent : « Tu en as fait une force », mais les gens ne voient pas l’envers du décor. La gestion du TDAH, c’est un travail minute par minute : gérer ses émotions, son impulsivité, ses réactions, sa façon de parler aux autres. Mon message, c’est que le TDAH peut devenir une force à condition de l’avoir apprivoisé. Sinon, il est extrêmement handicapant.
La question des enfants et de l’école est aussi centrale…
Le TDAH est en partie génétique, mais il est aussi fortement influencé par l’environnement. Notre société du « swipe », de l’hyperstimulation, accentue les troubles. L’alimentation joue également un rôle énorme. On sait aujourd’hui à quel point l’intestin et le cerveau sont liés. Le sucre, par exemple, est un véritable poison pour les TDAH : il provoque des pics de dopamine suivis de chutes brutales, avec des effets délétères sur l’humeur et l’impulsivité.